Dentelle et Ruban d’Argent : un condensé du pire ?

Disclaimer : Chers lecteurs, vous allez peut-être me trouver un peu méchante dans cet article. Ce qui n’est peut-être pas faux, veuillez excuser ma véhémence, en fait je n’aime pas être déçue par un livre dont j’attendais de belles choses, voilà tout. Je respecte évidemment le travail d’America Grace et des Editions Plume Blanche : ce texte ne correspond tout simplement pas à ce que j’aime lire et j’explique ici pourquoi. D’autres lecteurs ont adoré ce roman et c’est tant mieux qu’il ait son fidèle lectorat ! Cet avis n’engage que ma subjectivité 🙂 .

En terme de lecture, je ne suis pas un public facile. J’ai des préjugés, des genres de prédilections, des catégories que j’abhorre, des histoires dont je suis sûre de ne pas aimer une seule ligne avant même d’en avoir tourné une seule page. J’ai des goûts particuliers, des penchants bien prononcés, des idées bien campées et pourtant, pourtant, un texte que je pensais ne pas m’être destiné peut me transcender comme ça, sans prévenir. A contrario, certains romans qui avaient tout pour me plaire peuvent en réalité cacher sous leurs jolies couvertures une immense déconvenue. Suivez mon regard, c’est ce qui m’est arrivé avec Dentelle et Ruban d’Argent. Récit d’une déception presque sans précédent.

IMG_7529

 

Dentelle et Ruban d’Argent, c’est avant tout l’histoire d’un jeune-homme, William. Notez qu’il est magicien et oubliez l’information sur le champ puisque cette particularité ne sera absolument pas utilisée dans l’histoire ni même montrée, encore moins expliquée. C’est le personnage principal donc, le pivot autour duquel vont s’articuler toutes les relations des autres protagonistes. Sauf qu’on ne le voit apparaître que tardivement dans la narration. L’incipit du livre préfère s’attarder sur l’historique bourré de poncifs mielleux de For Willbrook, la ville où se tient l’intrigue et dont on a envie de s’échapper avant même s’y avoir posé un doigt de pied tant elle suinte le cliché et la bienveillance extrême. Ensuite vient l’histoire aussi mièvre que plate d’un couple ayant marqué ladite bourgade, couple qu’on ne reverra pas puisque les deux personnages meurent rapidement non sans donner naissance, avant leur trépas, à deux petits néants sur pattes : William et son insipide sœur Anna. Bien des détours fort peu attrayants pour nous présenter celui qui sera notre héros. Tant et si bien qu’après cinquante longues pages il ne s’est toujours pas passé grand-chose à For Willbrook.

Premier petit aparté stylistique avant de poursuivre ma présentation de l’histoire : c’est tout à fait subjectif et personnel (quoique) mais j’ai vraiment du mal à entrer dans un roman quand les premières pages sont consacrées à de l’histoire-géo désincarnée. J’ai besoin de vivre avec les personnages, de ressentir leur quotidien et pas de devoir me taper des paragraphes de géopolitique avant de pouvoir les rencontrer. Ceci étant posé, je vous renvoie à l’article de Jean-Sébastien Guillermou qui explique cela bien mieux que moi avec son point de vue sur la technique du « Show don’t tell ».

Revenons à For Willbrook et à ses rues pavées de bons sentiments. Notre William, qui s’ennuie visiblement autant que le lecteur, en plus d’être un magicien inutile possède un autre trait distinctif : il aime sa sœur. Un peu trop.

Je n’ai rien contre les sujets tendus et tabous, aborder un amour interdit entre un frère et une sœur dans une œuvre fantastique (même si cela me rappelle un couple de jumeaux terribles déjà bien célèbre, coucou Westeros !) je trouvais ça chouette. Sauf que ça ne sert à rien. Vraiment. Quelques scènes de sexe mises à part, ça ne change strictement rien à l’intrigue que William veuille s’envoyer en l’air avec sa sœur mourante (et finisse par réussir). Quel dommage d’initier une telle thématique et de ne pas approfondir !

Mais passons. Un jour William et son penchant pour les amours glauques se fait embaucher par un vieux sorti de nulle part pour accompagner la fin de vie de sa fille. Seulement attentiooooooon il ne doit surtout pas tomber amoureux d’elle, uniquement la divertir en attendant qu’elle veuille bien passer de vie à trépas. Vous aussi vous le voyez venir à des kilomètres ? William délaisse sa, malade mais libidineuse, sœur (qui du coup va faire des cochoncetés avec le médecin de façon totalement gratuite et inutile) et tombe donc amoureux de la douce et, elle aussi malade, Wendy. Problème symptomatique de ce livre : on ne voit pas leurs sentiments se développer. Du jour au lendemain l’auteure nous affirme « Ils sont tombés amoureux, ça y est (c’était inattendu n’est-ce pas ?) » et nous pauvre lecteur que nous sommes, nous nous voyons forcés de la croire sur parole sans n’avoir rien vu de cette relation naissante (en revanche leur première nuit de baise d’amour nous sera donnée en pâture, de quoi je me plains ?).

IMG_7530A partir de là, l’histoire va se déployer avec une platitude et une mièvrerie à s’arracher les cheveux pour en faire du combustible à livres. Vraiment. Pour vous épargner le douloureux chemin je vais faire court (et même si je voulais faire plus long ce serait un poil compliqué vu le creux que renferme ce livre) : William aime Wendy mais aime aussi Anna, ce triangle amoureux incestueux ne posera soucis à aucun moment (si ce n’est à William lui-même qui pendant un paragraphe a quelques problèmes moraux, non pas à coucher avec sa sœur mais à aimer deux demoiselles en même temps). Wendy meurt, William est triste mais il lui reste Anna qui finit par mourir aussi. Fin de l’histoire merci au revoir, rendez-vous au tome deux (ou pas).

Pas d’intrigue plus développée, pas de mystère à résoudre, pas de réelle épreuve à surmonter, pas de dénouement inattendu, rien. Le vide intersidéral. Espace béant comblé par presque toutes les choses qui me rebutent dans une lecture. La liste qui va suivre n’est pas exhaustive mais est, à mon sens, assez significative de ce qui ne va pas dans ce texte.

A bien y réfléchir, j’ai eu la désagréable sensation d’être face à un synopsis ou à un catalogue d’action, un listing de faits mais pas un roman intelligemment construit et narré. On rejoint le problème du Show don’t tell. Exemple frappant : dès que le personnage de Wendy apparaît nous avons droit à un flash back pour nous dire qu’elle a été violée (encore un élément présent et non exploité, mais soit). Pourquoi ? Pourquoi ne pas justement utiliser ce passé douloureux pour en faire un moment de confidence entre elle et William (qui permettrait de justifier au passage leur rapprochement soudain) ? Mais non, on nous jette l’information à la figure de façon peu subtile au lieu de distiller cela au fil de la narration. Et ce procédé est malheureusement récurrent. Il donne l’impression vaseuse que le roman a été écrit d’un trait, sans réflexion ni préméditation, que le passé des personnages et leurs actions présentes sont brodés au fur et à mesure. On introduit des éléments qui ne servent pas (la fleur magique, les rêves de Wendy, le triangle amoureux, le miroir de Sheol, la magie de William …) et quand on a besoin d’un élément pour expliquer ou justifier un fait, on le pose là comme ça sans plus de manières, sans signe avant-coureur. Ce serait tellement plus agréable à lire si les informations étaient disséminées sur le chemin de la lecture pour que l’on puisse se dire : « Aaaah mais c’était ça ! » et qu’en relisant les pages précédentes on réalise que tout était subtilement annoncé. Attention, j’ai bien dit subtilement. Parce que si beaucoup de choses arrivent au moment opportun comme des cheveux sur la soupe sans que l’on ait le temps de se poser la question ou de tenter de deviner, l’intrigue globale est prévisible trois-cents pages à l’avance.

Et devrais-je par  ler de l’intrigue secondaire aucunement liée à la principale (si ce n’est qu’elle se passe dans la charmante For Willbrook) et expédiée comme une corvée dont on se débarrasse le plus rapidement possible ?

Un autre point qui m’a exaspérée et a contribué à mon manque d’empathie envers les personnages, c’est les descriptions qui en sont données. Je n’aime pas qu’on me dise qu’un protagoniste est beau. J’aime qu’on le dessine sous mes paupières sans jugement de valeur et décider moi-même s’il est beau ou laid. Ou, à limite, je tolère qu’un personnage en perçoive un autre comme étant beau. Mais alors, qu’un narrateur externe m’impose la beauté des personnages, ça a le don de m’agacer. D’autant plus quand les critères de beauté semblent se cantonner à un combo taille-fine-big-boobs.

Je vous épargnerais une série d’incohérences (du genre : Comment se fait-il que le père de Wendy soit prêt à payer cher un type pour amuser sa fille mais n’est pas pensé à embaucher quelqu’un pour l’accompagner au parc et éviter qu’elle se fasse violer ? S’il ne veut pas que William tombe amoureux de sa fille, pourquoi tout simplement ne pas choisir une vieille dame ou une jeune-fille plutôt qu’un homme de son âge et visiblement séduisant ? A quoi ça sert qu’il soit magicien le William ? Et qu’il aime sa sœur ? Qui sont les êtres malfaisants évoqués page 76 si tout le monde est gentil à For Willbrook ? Quelle est cette maladie évanescente qui semble toucher la moitié des personnages féminins et les rendre, au passage, irrésistibles pour la gent masculine ? …).

Enfin l’écriture est plutôt lourde, un brin redondante et surtout, surtout, mièvre et dégoulinante de niaiserie à en être écœuré quand il s’agit de parler d’amour (donc à peu près tout le temps puisque c’est un livre de romance).

Voilà, voilà, je pourrais parler encore longtemps de cette déception de l’espace mais cet article commence à se faire long. Ce livre n’était pas fait pour moi, je me suis laissée piéger par la sublime couverture et les avis plus que positifs de mes confrères blogueurs. Je voudrais simplement conclure en précisant que tout n’est pas à effacer dans ce roman : j’ai bien aimé l’ambiance un peu gothique de l’histoire et les descriptions de lieux ont fait naître dans ma tête de très jolies images.

Suis-je la seule à être passée à côté de cette lecture ? Avez-vous aimé Dentelle et Ruban d’Argent ? Si vous l’avez lu, est-ce que le tome deux rattrape les choses ?

IMG_7532

 

12 commentaires sur Dentelle et Ruban d’Argent : un condensé du pire ?

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces tags HTML

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>