Golgotha : voyage, reliques et Moyen-âge

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Novembre 1094, duché de Bourgogne. Elianor, fille de guérisseuse, apprend qu’elle n’est pas si ordinaire qu’elle le croyait : elle a été désignée dès sa naissance par une société secrète pour être celle qui réunirait les Saintes Reliques du Christ, seul moyen de défaire le mage noir Jörgmungand, dont les ténèbres ont corrompu jusqu’au Vatican lui-même. Nous sommes à l’aube d’un long voyage initiatique entre l’Occident et le Moyen-Orient, où l’héroïne,en plus de remplir la mission qui lui incombe, va se découvrir et se révéler, aux côtés de ses acolytes rencontrés en chemin.

Elianor n’évolue pas beaucoup sur le plan héroïque (elle est déjà courageuse et dévouée à sa quête au début du livre et reste constante jusqu’à la fin), ce qui peut être déroutant pour un roman initiatique. Cependant l’intrigue se déroule au moment de l’adolescence, et ce statut transitoire des héros est intéressant : ils changent physiquement et surtout leurs rapports se métamorphosent. Elianor est une fillette quand elle quitte Talant, elle revient comme une jeune-fille, mais ce sont plus ses relations et ses rencontres qui l’ont faite grandir que sa quête pure. Et c’est assez original pour être souligné.

La première partie du récit, qui se déroule en France, instaure une certaine distance entre le lecteur et les personnages. On a l’impression de suivre les évènements de très loin, de ne pas pouvoir s’ancrer, se plonger dans des moments particuliers. Je suis restée assez hermétique à l’empathie des protagonistes jusqu’au passage en Italie. L’arrivée de Mateo, en plus de perturber le duo un peu trop convenu que forment Elianor et Fabien, marque le développement de plans rapprochés, de scènes plus particulières où l’on découvre plus intimement les personnages. C’est fort bienvenu et cela permet une transition vers la seconde partie où la chaleur du Moyen-Orient finit de réchauffer les cœurs et de raviver la flamme du lecteur. Les descriptions grandioses des étendues désertiques, des merveilles d’Antioche ou des suaves danseuses arabes donnent au texte une couleur et une saveur inoubliables.  On voit naître avec un plaisir certain deux figures intrigantes qui auraient méritées d’être plus présentes : Kiraz, la jeune bédouine et le sultan, adolescent souverain aux humeurs changeantes.

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L’antagoniste principal, le mage noir dont tout le monde parle, brille par son absence. Et la construction du personnage est pour le moins intelligente : un méchant presque invisible, constitué de rumeurs et de chuchotements n’en ait que plus effrayant. Et cela créé une attente, on brûle de lire l’affrontement final en espérant qu’il se montre à cette occasion.

J’ai apprécié le fait que l’histoire tourne autour d’objets chrétiens sans pour autant s’embourber de lourdeurs religieuses ou de discours endoctrinant. D’ailleurs, même si cela n’est dit qu’à demi-mots, l’héroïne dont la tâche consiste en un pèlerinage, jonché de haltes pour trouver les reliques,  jusqu’au tombeau du Christ pourrait être assimilée à une sorcière. Cocasse et malin à la fois.

J’ai beaucoup aimé le contexte entre lutte de pouvoir, guerre religieuse et genèse des croisades. J’ai eu le sentiment de suivre une histoire spécifique qui prenait place au sein d’une structure plus vaste et cette perspective était plutôt plaisante.

IMG_5541J’ai néanmoins un problème avec ce roman : tout se passe trop bien. Même si cela est justifié et expliqué à la fin, le parcours sans réelle embuche donne un récit sans vraie surprise. Il n’en demeure pas moins agréable à lire mais j’aurais apprécié un peu plus de suspense : les choses se déroulent exactement comme Roland l’a prévu puis comme Elianor l’a rêvé. Tout m’a semblé très facile. J’aurais cru qu’elle ait beaucoup plus de mal à dénicher des reliques cachées depuis des siècles (dans le but de ne pas être trouvées, justement). Et je regrette que les traîtres et les méchants soient démasquables dès leur première ligne d’apparition. Pas une seconde je n’ai douté de l’issue heureuse, et même quand le terrible mage noir frappe Mateo de sa foudre, il prend bizarrement la peine de préciser à Elianor « Ne t’inquiète pas, il est juste assommé », coupant ainsi l’herbe sous les pieds du lecteur qui aurait aimé souffrir un peu et craindre la disparition d’un personnage. Le seul destin un tant soit peu tragique tombe presque comme un cheveu sur la soupe. Tout ça donne un côté un peu gentillet auquel je ne m’attendais pas avec un tel sujet (et avec la tendance actuelle instaurée par G.R.R Martin, maître incontesté du sadisme moderne …)

En bref, c’est un bon premier roman pour une auteure prometteuse. Les thèmes abordés le sont de façon intelligente, les décors sont superbement retranscrits et l’arrière-plan historico religieux est juste parfait. J’aurais simplement aimé que les personnages en bavent un peu plus et que l’intrigue soit un peu plus sinueuse.

Si vous souhaitez découvrir l’auteure, j’ai eu le plaisir de l’interviewer lors du festival Nice Fictions 2016 et voici le fruit de notre rencontre 🙂 :

 

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