La Tour : quand roman jeunesse et SF font bon ménage

Les romans spécifiquement classés « jeunesse » (comprendre : destinés aux 10-12 ans) ont une fâcheuse tendance à m’exaspérer. Bien souvent, les intrigues sont insipides, édulcorées à souhait et les personnages sont stéréotypés à mourir. Ce n’est pas parce qu’on a 10 ans que l’on n’est pas capable d’apprécier une bonne intrigue bien ficelée, avec sa part d’ombre et ses protagonistes un peu complexes.

IMG_5092Heureusement, il existe quelques pépites qui ne sortent pas du moule façonné pour les ouvrages destinés aux enfants, et La Tour de Emmanuel Ardichvili, publié aux éditions Sombre Rets, en fait partie.
La Tour, c’est l’histoire immersive de trois amis qui vivent dans un monde dominé par le végétal, où la plupart des êtres sont capables de varilier, à savoir muter quasiment instantanément pour s’adapter à leur environnement, ce qui donne des espèces en perpétuelle évolution. Nos trois héros s’amusent à explorer la tour abandonnée près de leur village, laissée là par les légendaires Géants Blancs, en dépit des dangers qui rôdent dans la forêt. Ils vont alors découvrir qu’une menace sans précédent plane sur leur peuple et que le destin de leur communauté repose entre leur main.
C’est un roman jeunesse qui a été construit avec intelligence et qui ne prend pas son jeune lecteur pour un décérébré incapable de faire face à la complexité inhérente à toute forme d’existence. Le style est simple, composé de phrases courtes et efficaces afin qu’un enfant puisse lire sans avoir de grosses difficultés avec le vocabulaire. C’est, selon moi, un roman jeunesse dans la forme, mais le fond propose une histoire à même de captiver tous les lecteurs.
L’auteur joue les démiurges et invente un univers cohérent, fouillé, avec son propre langage et ses mots inventés pour décrire des créatures qui n’existent pas.IMG_5090
Certes, certains dialogues semblent un peu mécaniques et auraient gagné en naturel s’ils avaient été narrativisés, mais cela reste un bon roman, qui soulève des réflexions essentielles sur le respect de l’environnement, la curiosité intellectuelle ou la valeur de l’amitié.

Le fait que les trois protagonistes ne correspondent pas aux standards des héros classiques (Orkann n’est pas vraiment beau, Ool est incapable de muter et les deux sont plutôt peureux, seule Swalee est vraiment douée, mais elle n’est pas prise en considération par les ainés à cause de son jeune âge), montre au lecteur qu’il a nul besoin d’être le plus beau, d’être le meilleur ou d’être doté de capacités hors normes pour réussir quelque chose. Et il me semble qu’il est important de véhiculer ce genre de messages, d’autant plus à une jeunesse en construction dont les modèles sont de plus en plus empreints d’une perfection intouchable pour le commun des mortels.
La Tour, c’est une bonne introduction à la Science-Fiction où l’être humain est appréhendé à travers un regard extérieur tout à fait rafraîchissant : ici, c’est l’homme qui est envisagé comme un extra-terrestre ! J’aurais seulement aimé que tout soit plus fouillé, que les choses se passent moins vite : l’univers développé est tellement intéressant que j’avais envie d’en lire quelques centaines de pages supplémentaires ! C’est un livre que je garde précieusement pour le faire découvrir à mes enfants, quand j’en aurais ;)

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EDIT : Lors du festival Nice Fictions 2016, Emmanuel Ardichvili a eu la gentillesse d’accepter une interview avec moi, voici le fruit de notre rencontre 🙂

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